41. BOOK – Ni Noir Ni Blanc, ou Mémoire d’une peau de Williams Sassine

Je suis passée par toutes les émotions : j’ai ri, j’ai eu peur, j’ai été choquée, j’ai ressenti du plaisir, j’ai été triste, j’ai été en colère, j’ai souri.

Entre les pages de ce livre sommeille littéralement de la poudre à canon. A sa manière, chaque paragraphe du récit vient titiller la sensibilité du lecteur. L’émouvoir. Le bouleverser. L’indigner. D’une manière ou d’une autre, on est touché. Il est impossible d’y rester insensible, d’en sortir indifférent.

A plusieurs reprises, j’ai été happée par ce que certains appellent Le ‘Je t’aime, Moi non plus!’. Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’ignorais si j’en appréciais sincèrement ou en détestais le contenu. Comme je le disais précédemment, un embrouillamini d’émotions.

Car l’auteur n’y est pas allé par quatre chemins pour exprimer le fond de sa pensée. Les mots sont crus et pénétrants. Les scènes, parfois très sexuelles, sont décrites sans faux-semblants. Les détails, acérés. Quant aux personnages, puis-je me permettre de vous avouer les avoir trouvés tous un peu fous?! Un délice!

Le personnage principal, Milo, est au premier abord détestable. Il a de nombreux vices. Il tue. Il boit. Il frappe et cogne sans remords. Il ne respecte pas les femmes, il préfère les chosifier. C’est un manipulateur qui n’a pas peur de blesser les autres en se servant du tranchant de sa parole. Mais par dessus-tout – et c’est d’ailleurs ce qui vient humaniser sa personnalité bestiale et lubrique – Milo souffre d’un cruel manque d’amour. Il le dit, le répète inlassablement, tout au long de sa narration dans laquelle il nous embarque avec brio.

D’amour vrai et pur Milo a soif. Il le recherche jour et nuit, sans relâche, en chaque être qu’il rencontre. Toutefois, ne nous méprenons pas, il ne s’agit ici ni du grand amour, ni du très mythique coup de foudre. Ce dont Milo rêve, c’est d’un endroit calme et apaisant où il pourrait se reposer et juste être lui-même, sans avoir peur d’être découvert ou mis à nu. C’est ce nid douillet et sûr où il aurait la possibilité de se laisser aller à ressentir le feu qui consume ses entrailles les plus profondes. Ce précieux sentiment de paix et de confiance qui lui ferait enfin croire qu’il est digne d’exister, qu’il n’est pas une brute comme le lui crie quotidiennement sa compagne Mireille.

Même si Milo partage sa vie depuis plusieurs années avec elle, même si ensemble ils ont des enfants, c’est vers un gouffre sans fond que l’auteur choisit de diriger leur relation, mélange explosif de passion et de détestation. Alors qu’il ne peut s’empêcher de coucher avec d’autres femmes, Milo ne souhaite pas se séparer de Mireille car elle constitue l’unique repère stable de sa vie.

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Milo est atteint d’albinisme – même si il me plaît de penser qu’il pourrait aussi être un métisse, comme l’était l’écrivain Williams Sassine qui s’est beaucoup inspiré de sa propre vie pour rédiger ce roman. Le reflet de son image dans le regard des autres et celui de la société le répugne. Il n’est ni noir, ni blanc. Jaune peut-être. Pas sûr. Il est persuadé qu’il est un déchet de la société. Il suscite la peur et l’écœurement.

Alors il choisit, pour étouffer ses souffrances, de se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux : boire de l’alcool, et surtout donner du plaisir aux femmes, comme le lui a appris son « père » quand il était petit. Depuis, Milo ne s’en prive pas et collectionne les conquêtes. Jeunes, vieilles, maigres, mariées, mères de famille, religieuses, peu importe, il n’en a que faire de leurs statuts. Dans n’importe quel lit, il les veut toutes!
Jusqu’à ce lundi soir où, au cours d’une sortie arrosée dans un bar avec quelques amis, il fait la connaissance de Rama.

Rama, femme noire à l’esprit vif, belle de cœur et de corps, mariée à Mr. Christian l’homme blanc, et dont Milo va s’amouracher en un rien de temps. Rama, au corps vibrant de plaisir, innocente coquine, à qui il dira « Je t’aime » sans compter. Rama, passionnée et passionnante, qui le conduira peut-être, à faire la paix avec ses vieux démons.

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Si il est vrai que ce roman présente le mal-être dont souffrent les albinos dans une société africaine qui a encore beaucoup à apprendre sur cette anomalie génétique et héréditaire, il touche également au besoin profond que ressent chacun d’entre nous de trouver sa place dans la communauté et dans le monde. L’auteur, Williams Sassine, qui était de père libanais et de mère guinéenne, a lui-même souffert de cette difficulté à affirmer son identité issue de cette double culture. Une fragilité qu’il expose à son lectorat à travers un personnage certes extrême dans ces plaisirs ambigus mais profondément touchant dans sa quête criante de soi.

Combien de fois n’ai-je pas moi-même eu à me poser ce type de questions existentielles? Qui suis-je vraiment en tant que métisse? En tant que femme? En tant qu’adulte? A quelle communauté appartiens-je? Quelle est la couleur de ma peau quand je ne suis ni blanche ni noire? La solitude et l’exil intérieur sont les compagnons de ce type de questionnements qui parfois mènent certains à l’agonie psychologique.

En fin de compte, ne sommes-nous tous pas un peu albinos quelque part dans notre essence? Des êtres en simple quête d’amour et d’acceptation de notre nature véritable? Lorsque certains soirs nous posons la tête sur notre oreiller et nous demandons si l’amour est véritablement au rendez-vous, si nous sommes appréciés pour ce que nous sommes profondément et non pour le rôle que nous incarnons si bien, ou pour le costume que nous portons à la perfection? Ne sommes-nous pas aussi un peu de ce magnifique être à la peau jaune qui craint le soleil et préfère l’ombre de la nuit?

Tout un ensemble de questions que l’on pourrait résumer en un simple « Qui suis-je? ». Une ode à l’identité que nous invite à chanter l’auteur avec cet ouvrage qui, à sa manière, célèbre l’amour et la différence.

Mémoire d’une peau, de Williams Sassine. Un livre délicieusement vif que je vous recommande sans modération.

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Afin de poursuivre dans le sens de l’albinisme, je vous recommande cette vidéo sur les enfants albinos en Tanzanie. S’informer et informer les autres est un devoir individuel et collectif.

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Je suis Manouchka. Sur ce blog, je partage mes lectures, mes pensées, mes écrits. Vos retours enrichissent le débat, n’hésitez donc pas à me laisser vos commentaires et vos avis. Et par dessous tout, merci de me lire !
A bientôt !

28. BOOK – Afrotopia, de Felwine SARR

#Covid-19 Mars 2020.
Confinement oblige, j’ai du temps pour lire, et pour écrire. Je viens de terminer cet excellent bouquin qu’est Afrotopia de Felwine Sarr. Mais avant de vous en parler, j’avais envie de revenir sur un accomplissement personnel important : mon premier voyage au Liban. C’était l’année dernière, j’avais 33 ans. Le lien avec Afrotopia me demanderez-vous ? Soyez patients et lisez donc.

Ce voyage, je le préparais depuis plusieurs années déjà. Pour tout vous dire, depuis mon adolescence. Ce qui a évolué au fil des années ? L’importance et la signification qu’il allait revêtir à mes yeux. Nous venons tous de quelque part. Nos origines et notre histoire nous font, nous défont, nous refont, nous définissent, que nous le voulions ou pas. Nos parents, s’ils le souhaitent, nous font grandir en nous rappelant le parcours de nos prédécesseurs, afin que nous parvenions à nous construire en nous en inspirant au besoin. A cause de la guerre qui a longtemps détruit la vie du Liban – et Dieu sait hélas que ce n’est pas encore stable, l’occasion ne m’a pas été donnée de m’y rendre alors que j’étais encore adolescente. Par la suite, les circonstances de la vie, les études universitaires et tout un tas d’autres mauvaises excuses m’ont fait oublier que je me devais de travailler sur la planification de ce voyage.

2019 a donc clairement été l’année de mon voyage au Liban. C’était une évidence dès le mois de janvier alors que nous nous souhaitions les bons vœux avec ma famille. Je n’ai pas eu besoin de me poser 1.000 fois la question. Le moment était venu d’aller à la découverte de cet autre moi. De faire connaissance avec mon histoire, celle de mon père et de sa famille, et d’en savoir enfin un peu plus sur moi-même. Cela devenait une nécessité, un besoin viscéral que je ne pouvais expliquer. Il fallait le vivre pour le comprendre. J’avais besoin de cette lumière pour sortir de cette zone d’ombre dans laquelle je demeurais engluée, et avancer. Je suis née et j’ai grandi au Togo. Ma mère est togolaise. Je suis togolaise. Je me suis toujours considérée comme telle. Et pourtant, parce que je ne connaissais pas mon deuxième pays, celui de mon père, je me sentais mal, déséquilibrée, pour ne pas dire un peu perdue. Et comme si cela se voyait sur mon visage, le monde entier me posait toujours cette question si métaphysique : « Es-tu déjà allée au Liban ? ».
Et moi de toujours répondre avec un air gêné à la limite de la honte : « Non, pas encore. »

Le Liban est un très beau pays. En toute honnêteté. Les montagnes ont les pieds qui baignent dans la Méditerranée. Selon les périodes de l’année, on peut y faire du ski le matin, et bronzer à la plage l’après-midi en dévorant une glace à la fleur d’oranger. Ou d’autres parfums si vous n’aimez pas la fleur d’oranger. La nourriture y est excellente (oubliez les falafels et les chawarmas du boulevard!), et selon moi une des meilleures au monde, surtout lorsque vous prenez la peine de la goûter dans les petits villages. Beyrouth est une très belle ville, moderne et dynamique, où les gens vivent à 100 à l’heure. Comme pour rappeler les souffrances du passé et réaffirmer qu’il n’y a que le moment présent qui compte, certains immeubles de la capitale libanaise portent toujours les stigmates de la guerre civile : ne jamais oublier d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Au-delà d’en prendre plein les yeux avec la beauté du pays, aller au Liban a été pour moi la précieuse occasion de revoir ma famille, de rencontrer des cousins, des oncles que je n’avais jamais vus, et quelques anciens, tout particulièrement certaines grandes tantes très âgées, mais bien vivantes et émues de voir leur petite fille d’Afrique (ça fait cliché je l’avoue, mais c’était bien ça! lol).

Voir la ville, le quartier, la maison où a grandi mon père a été très émouvant pour moi. Entendre certaines personnes me raconter l’histoire de ma famille m’a particulièrement fait du bien. Enormément de bien. C’était comme si l’on remettait les pièces d’un puzzle en place, MON puzzle. J’ai également pu fleurir les tombes de mes grands-parents qui ont vécu une bonne partie de leur vie à Lomé ; je me souviens du rire communicatif de mon grand-père qui aimait particulièrement la vie et la délicieuse cuisine de ma grand-mère. Tout ça n’a peut-être l’air de rien, mais pour moi il s’agissait d’un grand « tout ». Au pays des Cèdres, j’ai également pris le temps d’en savoir plus sur l’histoire du peuple phénicien du Liban, à qui l’on attribuerait l’invention de l’arithmétique ainsi qu’un apport non négligeable sur l’alphabet au monde grec. J’ai passé énormément de temps en voiture à sillonner les villages (tous faits de maisons de pierres taillées dans les montagnes). Je suis allée au Nord et au Sud, et vu tout ce que je pouvais voir. J’ai rencontré des personnes gentilles, étranges, généreuses, antipathiques, ouvertes, curieuses, bref des personnes à chaque fois différentes les unes des autres mais toutes profondément en amour avec leur pays le Liban. Ceci est une certitude : les libanais aiment profondément le Liban et son histoire, et y sont vraiment très attachés. De ce voyage, je n’ai choisi de ne retenir que le meilleur, et uniquement le meilleur – oui il m’est arrivé quelques malencontreuses histoires, mais je préfère ne pas les retenir. Focus uniquement sur le PO-SI-TIF!

Si j’ai tenu à aller au Liban, c’était pour aller à la rencontre de ma culture et de mes traditions. Pour savoir d’où je venais et qui j’étais. Je suis convaincue qu’il est indispensable pour toute personne, à un moment donné de la vie ou à un autre, de connaître son histoire. Qu’on l’accepte ou qu’on la refoule est un autre débat, mais la connaître je pense est important. Je me souviens avoir pris l’avion sur le départ en me promettant que quoi qu’il adviendrait de cette aventure, je ne voudrais y voir que l’histoire de ma famille et celle de ma personne. Mon identité. Je n’en avais que faire des personnes qui ne m’accueillaient pas bien, qui se demandaient ce que je faisais sur ces terres libanaises (comme si le pays leur appartenait exclusivement), ou qui me dévisageaient (et Dieu sait que ces personnes étaient très nombreuses!), interloquées par mon imposante coupe afro, par ma couleur de peau que je prenais en plus soin d’assombrir à coup intempestif de bronzage (SPF 50!). Tout ce qui importait était que j’étais heureuse d’être chez moi. Je n’avais besoin de l’approbation de personne pour y être épanouie. C’était mon état d’esprit que rien ni personne ne pouvait ébranler. J’avais ma famille, et c’était tout ce qui comptait. Je me sentais bien et joyeuse de vivre ce précieux moment à 33 ans. J’avais bien fait d’attendre. La vie avait bien fait de me faire attendre. Et j’avais surtout bien fait de ne pas tenir compte de l’avis de quelques rares personnes qui avaient essayé de me dissuader d’accomplir ce voyage, persuadées que je n’en tirerais rien.  Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

Revenons à notre livre du jour, Afrotopia. Une Utopie Africaine. Ce merveilleux ouvrage de Felwine Sarr est une invitation pour l’Afrique – et pour les africains – à se défaire des modèles de développement imposés par l’Occident, afin de rechercher et construire ses propres modèles de réussite et de succès en se basant sur son histoire. Pour ce faire et selon l’auteur, le continent a besoin de se reconnecter à ses valeurs, ses traditions et son fonctionnement antécoloniaux pour aboutir à l’élaboration de son propre modèle de réussite. Comment ne pas faire le parallèle avec notre histoire personnelle : nous connaître, savoir d’où nous venons pour savoir où nous allons. L’Afrique, Felwine Sarr en est persuadé, a tout pour réussir (richesses minières, terres fertiles, population jeune qui représentera le quart de l’humanité en 2050) et n’a nullement besoin de se calquer aux références du reste du monde pour déterminer son développement ou ses échecs. A la lecture de l’ouvrage, l’on retient donc qu’il est indispensable de tenir compte des réalités africaines pour évaluer le succès du continent. Un exemple de réalité africaine : l’existence d’un important secteur informel qu’on ne peut absolument pas ignorer considérant le fait qu’il nourrit un grand nombre de personnes sur le continent.

La vision purement occidentale du développement et du progrès est une erreur dans ce sens où celle-ci ne tient pas compte des traditions, de la spiritualité et de la culture africaines.

Pour revenir à l’actualité du moment, en pleine crise mondiale du Covid-19, nul ne peut fermer les yeux sur les difficultés rencontrées par les acteurs du secteur informel. Alors que la population est appelée au confinement général afin de réduire la propagation du virus, le secteur informel qui n’est pas pris en compte par ces mesures, se voit considérablement pénalisé. De quelle manière iront se nourrir toutes ces personnes qui n’ont d’autre choix que de sortir quotidiennement ? Leur réalité a-t-elle été prise en compte lors de l’établissement des mesures de confinement ? Les pertes générées dans ce secteur informel du fait du confinement sera-t-il évalué ? quantifié ? sachant qu’il fait partie de notre réalité africaine. Voilà la réalité de l’Afrique, du moins celle que je peux prétendre connaître chez nous au Togo.

En ce qui concerne l’importance de renouer aux traditions, je souhaiterais prendre en exemple le cas de l’Inde. Ancienne colonie britannique, force est de constater qu’en dépit de l’occidentalisation forte du pays, les traditions demeurent et perdurent. L’histoire de ce grand pays remonte à 5 millénaires, et même si aujourd’hui les influences occidentales sont indéniablement présentes dans les modes de vie et de consommation des indiens, leurs cultures et leurs traditions restent extrêmement importantes pour eux, et j’ai même envie de dire pour leur bien-être. La religion dominante reste l’hindouisme ; les temples hindous sont présents dans les grandes villes et dans les campagnes, aux côtés des églises ou des mosquées. Le style vestimentaire est toujours très souvent relié à la culture indienne, même si le jean y est à la mode. Sans compter la tradition des mariages arrangés (et non forcés, notons là qu’il s’agit de deux pratiques bien différentes!) qui connaissent un des plus faibles taux de divorce en Asie (1). J’ai donc la conviction que l’Inde tire du positif à continuer de cultiver et chérir ses traditions et à se baser sur sa culture pour travailler à son développement, bien qu’il soit évident que beaucoup de points restent encore à améliorer comme l’éducation des filles, le système des castes (2) ou encore les mariages forcés des jeunes filles.

Quand je me réfère au Ghana, par exemple, j’ai toujours l’agréable surprise lorsque j’y vais d’écouter de la musique du pays dans tous les taxis. Les Ghanéens sont les champions du ‘Made in Ghana’, une façon de rester connectés à leur patrimoine, à leur culture et de revendiquer leur fierté d’appartenance. Ils sont à mes yeux, en Afrique de l’Ouest, un bel exemple de brassage entre influence/modèles occidentaux et cultures/traditions du pays. Le combo idéal qui non seulement fonctionne visiblement très bien, mais aussi attire énormément de monde comme lors du dernier évènement de commémoration du 400e anniversaire de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, « The Year of Return », qui a attiré plus de cinq cent mille visiteurs étrangers au Ghana en 2019 (3).

Dans une société où la mondialisation est devenue une évidence, voire une norme, je me demande toutefois si il est réaliste de pouvoir complètement se détacher des références de développement occidentales. Lagos, Cap Town, Abidjan, pour ne citer que celles-ci sont des villes dites développées, dotées d’importantes infrastructures tirées des modèles occidentaux. Pour revenir à la crise du Covid-19 (actualité du monde oblige, je vous l’ai dit au tout début de ce billet), aux yeux du monde, les capacités scientifiques occidentales étaient pressenties suffisantes pour combattre et résister à la maladie (infrastructures hospitalières, expertise des médecins, équipes soignantes, médicaments, etc). Néanmoins, vous et moi aujourd’hui constatons que même les grandes puissances peuvent se retrouver rapidement submergées, malgré le fait qu’elles soient (selon les évaluations) équipées pour faire face à ce genre de crise. Que dire de l’Afrique qui est loin d’être au même niveau technologique? Je vous laisse imaginer par vous-mêmes. Il est bien vrai que sur notre continent, certains essayent de prendre les devants en tentant de se tourner vers des plantes médicinales comme le neem, pour ne citer que celle-ci. Mais cela sera-t-il suffisant? Restons lucides et réalistes, c’est important en plus d’être optimistes.

Nous savons, malgré la toute puissance actuelle des lobbies pharmaceutiques qui n’est pas à démontrer, que notre continent regorge de remèdes naturels inexploités et même totalement dévalorisés (à tort je le pense). Il s’agit là d’un important patrimoine. Cela dit, combien sommes-nous à être réellement curieux de cette richesse ? Combien sommes-nous à aller vers les quelques anciens qui possèdent encore ce savoir avec le désir de nous former, d’apprendre et surtout de conserver ces précieuses informations afin qu’elles ne disparaissent pas ? Nous faisons confiance avant tout et surtout aux produits « du Blanc », parce que nous avons non seulement grandi avec cette idée, mais aussi parce qu’elle fait et continue de faire ses preuves. Je confesse : je suis de ceux qui avalent un comprimé de D******e lorsque j’ai des douleurs physiques. Mais je crois, à l’ère du bio et du naturel très en vogue en particulier sous quelques cieux occidentaux – et aussi sous les nôtres! – que les plantes auront progressivement une place notable et légitimes dans les soins prodigués aux personnes, et l’Afrique aura son rôle à jouer – du moins, je l’espère et le souhaite vivement. Ce n’est selon moi, qu’une question de temps, mais aussi je crois de volonté et de confiance de la part de nos générations. Cependant, nous ne devons, selon moi, pas non plus nous voiler la face : le progrès scientifique et technique est une nécessité absolue dans certains domaines, comme celui de la santé où des millions de vies sont sauvées dans le monde ou encore de la communication avec l’évolution permanente des TIC. A mon avis, ne pas en tenir compte serait un véritable leurre, voire un danger.

Tous ces exemples précités me poussent à dire qu’il est vrai que les modèles occidentaux de progrès et de réussite actuels sont par moment décalés de nos réalités africaines. Comme l’auteur nous le recommande, oui il nous faut accepter de renouer avec notre histoire, notre spiritualité, nos valeurs de partage et de vivre en communauté, à l’opposé de l’individualisme régi en normalité du côté de l’Occident, pour véritablement connaître nos forces et exploiter notre potentiel. Mais de nos traditions, il ne faut pas ignorer que tout n’est pas forcément bon à prendre et qu’il faut savoir faire la part des choses. Certaines pratiques n’aident clairement pas ; il s’agira par exemple de protéger les filles du mariage précoce ou des mutilations génitales, pour ne citer que cela. Il faut à ce niveau de réflexion ne pas hésiter à faire preuve de critique, de bon sens et de discernement.

Revenant sur la notion de mondialisation, une autre question me turlupine : il convient de se demander également, si à l’inverse, les occidentaux seraient prêts à adopter des normes et références africaines spécifiques, pour l’évaluation de leur développement, de leur réussite ou de leur succès ! Point d’interrogation. Pour Felwin Sarr, ce que le continent a surtout à offrir demeure entre autres dans sa spiritualité. Je vous laisse méditer sur cette idée. Peut-être aurons-nous l’occasion d’en rediscuter dans un autre billet.

Je ne suis pas une panafricanisme – le panafricanisme est une notion que j’ai encore beaucoup de mal à apprécier à sa juste valeur et à maîtriser – mais je dois avouer que la lecture de cet ouvrage, comme d’autres du même genre (4), a raffermi ma confiance en notre continent et en ses capacités. L’auteur appelle à la réflexion, à la remise en question de nos systèmes de pensées. Il pousse le lecteur à s’interroger sur son identité. Que savons-nous réellement de nous-mêmes ? en tant qu’individus ? en tant qu’africains ? que connaissons-nous de notre histoire ? pourquoi ne nous enseigne-t-on pas la richesse du patrimoine culturel africain d’avant les colonisations ? les systèmes éducatifs actuels sont-ils érigés pour l’émancipation de l’Afrique ? ou pour l’avilir ? au cas où nous serions ignorants de notre histoire, de quels moyens disposons-nous au besoin pour aller à sa découverte, l’apprendre, l’enseigner et en tirer le meilleur pour construire notre continent ? tellement de questions qu’il est possible de se poser et de réflexions à avoir à la lecture de cet ouvrage riche et intéressant.

Pour Felwine Sarr, il faut chercher à rebâtir une estime de soi en tout africain. Et cela passe aussi par la réappropriation de la langue. Je voudrais ici parler de l’exemple Ethiopien, où la première langue officielle du pays est l’ahmarique (5). Dans les administrations, les écoles, les aéroports, l’ahmarique est partout, et c’est NORMAL. Les étrangers qui arrivent en Ethiopie s’y font. En fait, ils n’ont pas vraiment le choix, d’autant plus que la seconde langue officielle reste l’anglais. Tout le monde semble y trouver son compte. Ce système n’empêche aucunement le pays de se développer, bien au contraire, l’Ethiopie étant aujourd’hui classé 8e / 54 en Afrique (6). D’ailleurs, il me vient une question à l’esprit : si l’on devait mettre au second plan les références de réussite occidentales, et considérer également le secteur informel, la culture, les traditions, la spiritualité et toutes ces autres valeurs non quantifiables mais propres à l’Afrique, quel serait le rang de l’Ethiopie ? quel serait le rang du Togo ? du Nigéria ?! Je m’interroge.

Pour conclure sur ce billet qui fut ma foi long à rédiger (et long à lire pour vous aussi je le conçois, et merci d’être arrivé jusqu’ici!), je dois tout de même avouer qu’étant écrit par un économiste et professeur d’université, le texte de l’ouvrage est lourd et jonché de termes très techniques. Je ne pense pas qu’il puisse être facilement lu et apprécié par un public tous azimuts et c’est ce qui, à mon avis, est un peu dommage vu la qualité et la pertinence du message véhiculé : ce genre de message devrait être accessible à tous. Une version simplifiée pour les lycées est une requête de ma part.
Toutefois, les idées sont clairement énoncées et compréhensibles. Un dictionnaire posé à côté peut effectivement être un plus mais pas une obligation. Tout dépend de votre désir personnel de compréhension approfondie.

Pour finir, je ne vous recommanderai pas ce livre, non.
Je dirais plutôt : Vous DEVEZ lire Afrotopia ! et vous faire votre propre réflexion, votre propre idée du discours.
J’espère que vous prendrez le temps de le faire.

Sur ce, je retourne à mes lectures. Le confinement me laisse du temps et je compte bien en profiter!

Portez-vous bien!

Oh! Pour la petite anecdote, depuis mon séjour au Liban, plus personne ne m’a posé la question : « Es-tu déjà allée au Liban?« . C’est dommage car je me languis depuis lors d’y répondre par un grand oui!

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(1) Selon le site Atlasocio.com
(2)Documentaire à regarder sur Netflix ‘Daughters of Destiny’ sur l’éducation des filles issues de la caste des Intouchables en Inde
(3) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/22/au-ghana-l-annee-du-retour-attire-les-touristes-afro-americains_5501701_3212.html
(4) A quand l’Afrique de Joseph Ki-Zerbo / Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye
(5) Lire cet excellent article qui explique l’introduction de l’Ahmarique en tant que première langue officielle en Ethiopie : https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/TUBIANA/26329
(6) Classement sur la base du PIB : https://planificateur.a-contresens.net/afrique/classement_par_pays/PIB-AF.html

 

 

 

 

 

 

15. BOOK – Le génocide voilé, de Tidiane N’Diaye #12booksin2019

 

Le génocide voilé

J’espère que vous allez bien !

Je suis en retard pour cette revue. Vraiment en retard. Et je m’en excuse. Parfois les jours semblent ne compter que 12 heures et on se retrouve submergé par tout ce qu’on a à faire. Cela dit, je pense que je devrais regarder un petit moins la télévision, et me concentrer sur d’autres choses plus essentielles.

J’espère que le mois de Janvier a été positif pour chacun d’entre vous et que vous avez donné le meilleur de vous-mêmes dans chacune de vos entreprises. Au cours de ce mois, il était prévu de lire Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye dans le cadre du challenge lecture 12 livres en 12 mois. A travers ce billet, je vais donc essayer de partager avec vous, en étant le plus fidèle à ma pensée, mes impressions et avis sur cette œuvre que j’ai trouvée vraiment très intéressante, et profondément marquante.

Il y a plusieurs points que je pourrais évoquer. Mais avant d’aller plus loin, je dois faire une confession : avant la lecture de cet ouvrage, j’ignorais totalement que la traite arabo-musulmane avait eu à exister. Je n’imaginais même pas qu’une telle atrocité ait pu se faire – en plus de la traite négrière transatlantique qui, jusqu’alors, était à ma connaissance la seule marque d’esclavage de l’histoire du peuple Noir (sans aller évoquer tous les actes sordides passés sous silence encore de nos jours). Je me suis alors posée et reposée la question suivante : pourquoi ne nous enseigne-t-on pas notre histoire à l’école? Pourquoi ne nous pousse-t-on pas vers la connaissance de notre identité? Pourquoi n’encourage-t-on pas la jeunesse à lire, à s’instruire sur de tels sujets? Au risque de tomber dans un débat beaucoup trop gros pour mon billet de ce jour, revenons à notre ouvrage.

Tout d’abord, j’ai beaucoup apprécié le style simple, fluide et accessible à tous qu’a choisi l’auteur pour l’écriture de son livre. Il est facile à lire, et c’est un grand plus car on peut le prêter à toutes les catégories de personnes de notre entourage : lycéens, étudiants ou professionnels, jeunes, moins jeunes, femmes, hommes, tout le monde peut s’y frotter et choisir je dirais de s’y piquer !

Ensuite, je l’ai trouvé extrêmement fourni en informations historiques quant aux différents peuples et empires de l’Afrique. La Nubie, le Bornou, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’Ouest, le royaume du Mali ou du Ghana, etc. Il y a de la connaissance à acquérir à profusion à chaque paragraphe. Et c’est passionnant !! On pourrait passer des heures et des heures sur internet, sur Google, grâce à ce bouquin pour apprendre sur l’Afrique et son histoire, ce que je trouve vraiment très intéressant.

A travers les neuf chapitres, l’auteur présente la conquête de l’Afrique par les arabes, leurs méthodes pour parvenir à acquérir des esclaves, pour ne pas dire à les arracher à leurs terres, les résistances auxquelles ils ont fait face et de quelles manières ils les ont contournées. Tout ceci en faisant à chaque instant référence à une repère chronologique précis, un peuple ou une région spécifique de l’Afrique.

On y parle beaucoup de l’île de Gorée au Sénégal, de Ouidah au Bénin, mais saviez-vous au passage que l’île de Zanzibar, aujourd’hui adulée pour la beauté de ses plages et le bleu de sa mer était « LE » comptoir de vente d’esclaves de l’Afrique orientale? Je l’ignorais. Maintenant je le sais.

Dans cet ouvrage, il est également question de la Femme! Il est rappelé la résistance des femmes au cours de cette traite arabe, notamment en Mauritanie contre les Maures. Un ouvrage spécifique est cité dans ces paragraphes, Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire de Sylvia Serbin qu’il me tarde d’acquérir pour en savoir plus. Et aussi, l’auteur explique l’impact qu’a eu l’islam sur les traditions africaines qui fonctionnaient à l’époque sous un régime matriarcal! Oui, matriarcal! Les femmes avaient leurs places dans la société, elles étaient considérées comme des leaders, contrairement à ce que l’on peut laisser sous-entendre ou observer de nos jours. Elles étaient indépendantes, prenaient des décisions importantes pour la bonne marche de leurs familles, et surprise !!! : Tout se passait très bien !!

En parallèle de tous ces faits, l’auteur évoque la carence en documentation écrite sur le sujet, qui malheureusement prive l’histoire d’éléments supplémentaires fondamentaux. Les archives de tout ce passé ont surtout été transmises par les griots, les historiens oraux, « véritables mémoires vivantes des civilisations négro-africaines ». Sachant qu’aujourd’hui, la traite arabe est encore passée sous silence par les « grands de ce monde », l’auteur s’interroge sur le moyen de ne pas laisser mourir les horreurs de l’histoire indispensables à notre construction personnelle mais aussi collective. Comment réussir à immortaliser tous ces récits, tous ces témoignages, afin que l’histoire ne tombe pas dans l’oubli ?

En résumé, l’Afrique a souffert de ces traites, et c’est peu de le dire. Je ne pense pas d’ailleurs qu’il y ait de mots suffisamment forts pour décrire cette souffrance, cette injustice, ce drame sans nom. L’Afrique de cette époque avait tout pour elle. Elle était organisée à sa manière, différente de celles des Occidentaux certes, mais qui lui était propre et qui faisait son identité. Les peuples, les civilisations et les royaumes qui y étaient édifiés avaient leurs codes et leurs fonctionnements. Ils étaient florissants et riches. Ces longues périodes d’esclavage ont pillé et dévasté le continent, tant sur le plan humain que sur le plan des ressources de la terre. Et rien ne dit que cela ne continue pas encore aujourd’hui (!!).

Au cours de cette lecture, j’ai eu le net sentiment que c’était animé d’une certaine passion que Tidiane N’Diaye a eu à rédiger son livre, car on peut aisément sentir à certains paragraphes sa colère et son mépris pour les arabes. Je dois avouer que ce ressenti m’a par moment dérangée, surtout en début du récit, lors des deux voire trois premiers chapitres. J’avais besoin de lire un texte neutre, de me faire mon propre jugement, de ressentir par moi-même cette colère ou cette indignation, et non de vivre les sentiments de l’auteur. C’est certainement le seul bémol que j’apporterai à ma lecture. Je pense que pour transmettre au mieux ce genre d’héritage, et le transmettre à tous, il faut savoir faire preuve d’impartialité. Toutefois, je reconnais que ce n’est pas chose facile pour un sujet aussi sensible que celui-ci.

Je suis très contente d’avoir eu l’occasion de décortiquer cet ouvrage car j’ai appris de nouvelles choses. Beaucoup de nouvelles choses ! Je regrette profondément que ce type d’informations relatives à l’histoire de nos ancêtres ne soit pas transmis dans nos écoles car quoi qu’on dise, connaître l’histoire, même si elle est douloureuse – surtout si elle est douloureuse – nous aide à nous construire (ou pas, tout dépend du bord sur lequel nous nous trouvons). Je me souviens encore lorsqu’on nous apprenait en classe – et on l’enseigne toujours aujourd’hui – à cartographier la France, ou encore les Etats-Unis ! Ce n’est pas mauvais en soi. Il est bon d’avoir une culture large et diversifiée sur le monde. Mais il ne faut pas oublier l’essentiel, le cœur, la base.

Alors oui, je relirai ce bouquin, et je ferai ce qu’il faut pour que mes amis, mes proches, et surtout mes jeunes sœurs, le lisent et en apprennent sur le contenu. C’est important je pense, tout simplement.

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont fait parvenir leur ressenti au cours de cette lecture. Nombreux ont été touchés voire choqués par le contenu de l’ouvrage ; il est bien vrai qu’il est difficile à lire, encore plus à s’approprier quand on sait que c’est une question d’histoire.

N’hésitez pas à partager vos avis sur cet ouvrage si vous avez eu l’occasion de le lire, ou simplement votre opinion sur l’importance (ou pas) de lire ce genre d’ouvrages en tant qu’afrodescendants.

Pour Février, nous lisons 1984 de George Orwell.
#12booksin2019 #heymanouchka

Portez-vous bien, et à très vite !

Bisous,
Manouchka.

13. BOOK – A quand l’Afrique, de Joseph Ki-Zerbo

 

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Un soir de week-end entre amis. Nous « chillons » (du verbe « chiller » qui se prononce « tchiler », et fait référence à une attitude cool, décontractée et reposante), nous discutons de tout et de rien. Ne sachant pour quelle raison précise, nous nous retrouvons entraînés dans un débat ardent et passionné autour de l’Afrique et de l’impact de la colonisation sur son développement. Autant vous dire que j’ai été impressionnée par la connaissance et la culture que possédaient certains des participants. Je les ai trouvés très à l’aise avec le sujet, confiants dans leur prise de position et à aucun moment, ils n’ont tari d’arguments ou d’exemples concrets pour appuyer leurs dires. J’étais complètement hypnotisée, admirative de la qualité des échanges et buvais les paroles des uns et des autres en me rendant compte une fois de plus, que la culture était l’un des vêtements le plus luxueux que pouvait porter une personne à mes yeux. Moi aussi je voulais pouvoir tenir ce genre de conversations! C’est à ce moment-là que j’ai eu ce profond désir de lire des ouvrages qui parlent du continent, de son histoire, qui apportent des réponses à des questions précises sur l’origine, l’évolution, le développement, la culture de la Terre mère. C’est bien de lire des romans, de lire du développement personnel, mais lire des livres d’histoire sur l’Afrique lorsqu’on en est originaire (si possible écrite par des africains eux-mêmes), c’est également très bien! Pour avoir une meilleure vision du lendemain, pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui dans nos pays africains, dans nos cultures, il est primordial d’avoir une notion claire du passé. Et les réponses à toutes ces zones d’ombre se trouvent dans les livres, dans les bons livres.

Je n’ai pas perdu de temps, quelques jours plus tard je me suis rendue dans une de mes librairies favorites (avec la ferme intention de m’y ruiner comme à chaque fois que je m’y rends!). Devant le rayon dédié à la littérature africaine, j’ai hésité devant toute une pile de bouquins et ai finalement choisi un livre qui me paraissait assez simple à lire et à la fois suffisamment intéressant pour que j’en apprenne quelque chose. « A quand l’Afrique? », un titre qui appelle à la réflexion, à la remise en question, au questionnement ; voilà qui me semblait idéal pour une première lecture à peu près « sérieuse ».

L’ouvrage se présente sous la forme d’une interview entre Joseph Ki-Zerbo, historien et homme politique burkinabè, et René Holenstein, docteur en histoire et spécialiste des questions du développement. De nombreuses questions relatives à l’Afrique y sont abordées, comme la mondialisation, la démocratie et la gouvernance, les droits des hommes et des femmes, le tout sous fond d’histoire postcoloniale et de critiques sur le néocolonialisme. L’ouvrage se lit relativement vite, mais je pense personnellement qu’il faut prendre le temps d’analyser les échanges entre les deux hommes, prendre des notes si nécessaire (on y trouve un riche vocabulaire!) et poser, pourquoi pas, la réflexion.

J’ai trouvé la totalité de l’ouvrage très intéressante, très instructive et nourrie en informations sur l’Afrique telle qu’elle fonctionnait avant la traite négrière et la colonisation. Joseph Ki-Zerbo y explique toute la force dont disposait l’Afrique à travers sa culture – et par conséquent, à quel point le continent est pénalisé par le développement importé de l’Occident qui ne s’aligne pas toujours avec ses valeurs et ses traditions originelles – et comment il est important pour les générations actuelles de retrouver leurs racines si elles espèrent redonner un jour la place qui revient au Continent dans le monde. Il analyse l’importance pour l’Afrique de travailler avant tout sur un développement endogène, ce qui appelle obligatoirement à une unité entre les pays africains. Il aborde également la place des langues africaines dans l’éducation. J’ai été intéressée par beaucoup de passages, je ne pourrai pas tous les citer, mais en particulier par celui où il est question du droit des femmes ; l’historien burkinabè y raconte la place de la femme africaine dans la société avant l’arrivée des colons, il y décrit son indépendance, sa force, son pouvoir et son influence dans l’économie ou les prises de décisions importantes par exemple. Certains diront : le bon vieux temps !

Il faut savoir que bon nombre d’argumentations dans cette interview renvoient à l’exemple du Burkina Faso, d’où est originaire Joseph Ki-Zerbo. Pour ma part, j’ai trouvé cela instructif car il reprend l’histoire du Pays des hommes intègres et parle également de Thomas Sankara. Cependant, j’avoue que j’aurai bien aimé que d’autres états y soient évoqués, afin de diversifier les points de vue.

De façon générale, ce fut un très bon livre.
Je continuerai sur ma lancée Littérature Africaine, c’est sûr!
Si vous avez des recommandations de bouquins, n’hésitez pas à les partager en commentaires.

A bientôt!!